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SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE

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D'HISTOIRE NATURELLE DE GENÈVE.

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GENÈVE.

IMPRIMERIE A. L. VIGNIER, RUE DU RHONE, MAISON DE LA POSTE.

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MÉMOIRES

SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE

ET D'HISTOIRE NATURELLE

DE GENÈVE.

Tome VI, Partie.

GENÈVE,

IMPRIMERIE À. L. VIGNIER, MAISON DE LA POSTE,

1833

MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ DE PHYSIQUE

D'HISTOIRE NATURELLE

DE GENÈVE.

SECOND MÉMOIRE

SUR LE

GROUPE DES CÉRARHÉES,

Par M. J. E. DUBY.

. (Lu à la Société de Physique et d'Histoire naturelle de Genève, le 21 juin 1832).

IL ÿ avait peu de temps que j'avais lu à la Société le Mé- moire sur les Céramiées qu’elle m’a fait l'honneur de faire imprimer dans le dernier cahier de son recueil, quand je reçus d'Allemagne le second volume du Species Algarum

TOM. V1, PARTIE, 1

D MÉMOIRE

d'Agardh. Je l'examinai avec d'autant plus d'intérêt, qu'il traitait précisément de la même tribu d’Hlydrophytes de laquelle je vous avais entretenu; et je fus très-désappointé de trouver une grande divergence entre les idées que je vous avais exposées et les nouveaux travaux de l'illustre alsologue du Nord. Je me remis immédiatement à l'ou- vrage pour reprendre sous œuvre toutes mes observations; mais ces recherches, interrompues par un voyage très- prolongé, et par diverses circonstances, n’ont pu, comme je le désirais, être terminées à temps pour paraître avec mon premier Mémoire. Ce retard avait du reste aucune espèce d'inconvénient , puisque, à quelques exceptions près, ce nouvel examen m'a paru confirmer les idées que je vous avais soumises. C’est le résultat de cette vérification de mes opinions mises en opposition avec celles de M. Agardh, que je vais avoir l'honneur de vous lire; et tandis que dans mon premier Mémoire, j'avais surtout si- gnalé à votre attention l'organisation intérieure des Céra- miées, dans celui-ci, je l'appellerai principalement sur lor- ganisation extérieure, et en particulier sur les formes si variées des organes de propagation de ces singulières plantes.

La classification des Céramiées que j'ai adoptée dans mon Mémoire et dans le second volume de mon Botanicon Gallicum repose sur ce principe, que dans l’état actuel de l'algologie, on ne doit admettre comme genres distincts, que ceux qui, à des différences dans les organes de la propa- gation, joignent des différences d'aspect, de port et d'en- semble de végétation. Ce n’est pas l'opinion de M. Agardh,

SUR LES CÉRAMIÉES. 3

qui (præf. p. Ixxj) prétend qu’une distribution méthodi- que d’Algues ne doit être dirigée par aucun autre principe que par ceux qui régissent toutes les autres familles végétales. Cependant, sans répéter ce que j'ai dit ailleurs sur le petit nombre d'Algues qui nous sont connues, relativement au nombre total que nous sommes en droit de supposer existant dans les eaux du globe, ilest bien évident que lorsque nous ne connaissons pas l'importance réelle d'un organe, nous ne pouvons en apprécier la valeur : et par conséquent le faire servir de base à une classification, c’est construire un système artificiel et non une méthode naturelle. Tant qu'on n’a pas connu l'importance de lenroulement des cotylédons relativement à la plumule, dans embryon des Crucifères, on a rapprocher des plantes qui se res- semblaient par les autres caractères, les Aalcomia des Chei- ranthus, par exemple; et on auraiteu autant de tort de les sé- parer qu’on en aurait actuellement de les réunir quand un ca- ractère aussi important les distingue. Or, dans les Algues, connaissons-nous l'importance réelle de certaines formes de conceptacles? Il y a plus, en connaissons-nous les fonctions, savons-nous ce que signifient ces deux sortes de fructifications que nous rencontrons souvent sur la même espèce (T'abl. I, fig. 1et2; T. V,f. 2 et 4, 5 et 6, 3 et 7), et quelquefois sur les mêmes individus. Quand nous serons plus avancés dans l’histoire de la physiologie de cette intéressante famille, et on ne saurait assez engager les botanistes qui vivent sur le bord de la mer à imiter les travaux des Vaucher et des Bory, sur la végétation des conferves d’eau douce; quand , dis-je, nous saurons à quoi servent les Sichidies (t. 1, fig. 1: t. IF,

4 MÉMOIRE fig. 5; t. II, fig. 4 et 5, terme employé par Agardh pour dé- signer les agglomérations de gros globules colorés dans l’ex- trémité renflée des petits rameaux) et les /avelles (fuvellæ, t. 1, f4et 5; t. V,f. 1. M. Agardh nomme ainsi les sortes de massues ordinairement un peu pédicellées qu'on observe sur quelques espèces de son genre Griffithsia, et qui sont assez grosses pour pouvoir presque être distinguées à l’œil nu), et les capsules (t. HE, f. 2; t V, f.2et 7. Nous appelons ainsi les conceptacles souvent infiniment petits, sphériques, qui contiennent dans une membrane transparente, quelquefois un, le plus souvent trois gongyles fortement colorés); alors nous pourrons marcher d'un pas plus sûr dans la classifica- tion des Algues; nous ne serons plus obligés d'adopter des principes qu'on pourrait appeler exceptionnels, et la taxo- nomie de cette famille sera la même que celle du reste du règne végétal. Mais, je le répète, nous sommes malheureuse- ment loin encore d’être arrivés à ce point de connaissances. Nous allons voir maintenant jusqu’à quel point M. Agardh est fidèle à son principe. Il sépare la tribu, à ce qu'il me sem- ble fort naturelle que j'ai établie (Bot. Gall. IF, p. 965; Mém. Soc. Phys. Gen. V, p. 321) en deux autres: celle des Ecto- carpées et celle des Céramiées. Selon lui, les plantes qui composent la première se distinguent en ce qu’elles sont d’une couleur olivâtre ou brune, articulées, membraneuses, ayant le fruit à l'extérieur; celles de la seconde, en ce qu'elles sont roses ou pourpres, articulées, à fruit extérieur, c'est-à- dire qu'il ne différencie ses deux tribus que par la couleur. Quelles sont dans toutes les autres branches de la science les cohortes, les genres, ou méme les espèces qu’on a imaginé

SUR LES CÉRAMIÉES. 5

de distinguer par un pareil caractère ? M. Agardh reconnaît donc dans la pratique qu'il faut employer dans la classifica- tion des Algues des caractères exceptionnels. Sans doute, et j'avais insisté sur ce point dans mon précédent Mémoire , la couleur est dans les Hydrophytes un caractère de haute importance; sa permanence pendant toute la vie de la plante, sa coexistence constante avec certaines formes, son extension uniforme à tout le tissu, portent à conjecturer, avec une grande probabilité, qu’elle est due à une cause physiologique inconnue résultant de l’organisation intime de l'espèce. Cependant ce serait donner une prodigieuse importance à ce caractère que de le considérer comme sufh- sant à créer des tribus. On pourrait ainsi les multiplier à l'infini, car les teintes les plus riches et les plus variées se développent dans cette curieuse famille des Algues, et il serait d’ailleurs prodigieusement difficile de les reconnaître; car des nuances et des dégradations de tons, amènent insen- siblement à passer d’une couleur à une autre, et telle Spha- celaria, le S. plurmosa , par exemple, qui, selon M. Agardh, est une Ectocarpée, ne diffère guère sous ce point de vue de telle Céramiée, commele Polysiphonia polymorpha ou le P. fucoïdes. Nous n’admettrons donc pas les deux tribus proposées par M. Agardh.

Passons maintenant à l'examen des genres qui sont au nombre de 14, dans l'ordre suivant : Cladostephus , Da- sycladus, Sphacelaria, Ectocarpus, Rytiphlæa, Hut- chinsia, Chætospora, Champia, Dasya, Thorea, Grif- fithsia, Wrangelia, Ceramium, Callithamnion. Je ne

6 MÉMOIRE

parlerai que de ceux sur lesquels j'ai quelques observations à présenter.

Le genre Cladostephus, tel que je l'avais défini (Bot. Gall. Lc., Mém.L. c. p. 12) contenait trois espèces tout-à-fait ana- logues de contexture, de configuration et de couleur. Une de ces espèces cependant, le C. clavæformis, d'une sta- ture beaucoup moins développée que ne le sont en gé- néral les deux autres, offre quelque chose d'assez parti- culier dans l'entassement des soies hyalines, rameuses au sommet, qui la recouvrent en entier, dans la grosseur de ces soies, dans la longueur de leurs articulations, et dans la manière dont se dispose la matière verte qui les remplit. M. Agardh a fait de cette dernière espèce un genre nouveau qu’il a nommé Dasyeladus, et qu'il décrit ainsi : Filum pri- marium non solidum (in Cladostepho solidum) emittens selas mermmbranaceas (in Cl. coriaceas) articulis longis (ën CL. brevibus) humore lutleo repletis. Habilus vermicu- laris. Je ne disconviens pas que ces caractères n'aient quel- que importance, et je présume que, quand on aura découvert la fructification du C. clavæ/formis, elle complétera l’ensemble des formes dont la réunion me semble devoir être nécessaire pour qu'on puisse constituer un nouveau genre de Céramiée. Mais jusque-là il me paraît qu'on doit maintenir dans le même genre les C. verticillatus, spongiosus et clavæformis. Je ne parle pas du C. lycopodium, espèce assez paradoxale des mers d'Afrique.

Le genre Rytiphlæa, outre une espèce assez incertaine (le R. firma. Ag.sp.alg. If, p.54), se compose de quatre espèces, dont deux (ZX. obtusiloba, et R. Duperreyi) appartiennent

SUR LES CÉRAMIÉES. 7 aux mers d'Amérique, et deux (A. tincloria, et R. compla- nata) aux mers d'Europe. J'avais, dans mon Botanicon Gal- licum, IL, p: 962, décrit une de ces dernières sous le nom de Plocamium cristatum Lamour. et je l'avais rapportée avec cet illustre algologue à la tribu des Floridées. Le R. tinctoria se rencontre fréquemment sur les bords de l'Adriatique je l'ai recueilli à Pola en Istrie : il m'a été récemment envoyé par M. Crouan comme récolté dans la rade de Brest; par M. Chauvin, comme provenant de la Méditerranée. L’ap- parence extérieure des frondes de ces plantes, beaucoup plus larges qu'on n’a coutume de les rencontrer dans les Céramiées, membraneuses ou coriaces, comprimées ou planes, linéaires, pinnatifides, à rameaux alternes, me sem- blait d’abord devoir faire repousser le rapprochement pro- posé par M. Agardh. Mais un examen plus attentif, et entre autres la dissection en lames extrêmement fines de quel- ques parties de la fronde, m'a prouvé que le tissu est composé d’une masse considérable de petites cellules arran- gées par zones régulières, et de manière que les cloisons, soit dans le sens vertical, soit dans le sens horizontal, sont disposées à peu près dans le même plan, caractère qui dis- tingue les articulées des inarticulées. Ces cellules, plus grosses au centre de la tige et entourées par d’autres de plus en plus étroites, sont placées à peu près dans le même ordre que celles des RAodorela pinastroïdes et subfusca, dont j'ai figuré l'organisation intérieure à la table I, fig. B et fig. F l de mon premier Mémoire sur les Céramiées. Ce qui fait il- lusion sur la véritable tribu des Rytiphlæa, c'est que la fronde, beaucoup moins transparente que dans les autres

5 MÉMOIRE

genres de la tribu, étant recouverte d’un épiderme cellulaire à cellules régulières, fort petites, comparativement à celles du tissu interne, présente au premier coup d'œil une grande analogie avec le tissu des Floridées.

Il s’agit maintenant de savoir jusqu’à quel point ce nou- veau genre se distingue du Rodomela, tel qu'il a été défini par M. Gaillon, res. thal. p. 55, et caractérisé par moi, Bot. GalL.IE p.962, et Mém. Cér. p. 18. Or, soit l'examen des es- pèces, soit la comparaison des caractères, portent à croire qu'on ne peut faire deux genres distincts du ÆAodomela pinastroïdes et du Rytiphlæa tinctoria. C'est cette même couleur brun-noir, cette même substance membraneuse et solide, ce même aspect rugueux, cette même disposition des rameaux soit dans leur insertion, soit dans l'enroule- ment de leur extrémité supérieure. Il est vrai que mes échantillons de ÆRy£iphlæa ne portent point de fructifica- tion; mais la description que fait Agardh de celle de son R. obtusiloba est tout-4-fait conforme à ce que j'ai trouvé dars le Rhodomela. Je crois donc que jusqu'à nouvelle ob- servation, le genre Rytiphlæa d'Agardh doit être réuni au Rhodomela, au caractère générique duquel il n’y aura qu’à ajouter filamens comprimés ou planes, pour qu’il puisse s'appliquer complètement à toutes les espèces de Ryti- phlæa (41),

(1) Voici donc eomment il faudra définir ce genre et ses espèces : Rhodomela. Rhodomela Gaill. Daby et Rytiphlæza Ag. Filamenta ramosa eylindrica compressa planave fusco-nigrescentia arjiculata, ar.

SUR LES CÉRAMIÉES. 9

Le genre Polysiphonia (Hutchinsia Agardh) est un genre si naturel , que M. Agardh n’a rien changé à sa circonscrip-

ticulis fasciatis sed speciera artiouli simplicis ferentibus. Fructificatio biformis; hæc sub formä conceptaculorum subsessilium ovatorum rotundorumve corpusculos ova- tos globosos pyriformesve foventium occurrens; illa tuberculiformis globosa apici- bus ramorum intumescentibus innata, simplici vel duplici serie congesta.

1. BR. obtusiloba, purpurascenti-uigrescens membranacea firma reticulalo-areolata obsolete costata, bipinnatifida , pinnis linearibus obtusis serrato-dentatis, concep- taculis tuberculiformibus, his apici dentium insidentibus, illis ad dentes lateralibus. Ad oras Bresiliæ ex Ag. Rytiphlæa obtusiloba Ag. syst. 161 et sp. 2, p.51.

2. R. Duperreyi, purpurascenti-nigrescens, membranacea, transversim nervosa, obsolete costata vage pinnata, pinnis basi attenuatis linearibus acutis subsecandis, pinnulis oppositis crebris integris filiformibus ramulosis.—Ad insulam Martinicæ ex Ag. Rytiphlæa Duperreyi Ag. 1. c.

3. B. tinctoria , purpurascenti-nigrescens, subcartilaginea, compresso-plana trans- versim rugulosa bipinnata, pinnis alternis obtusis integris apice involutis sensim la- titudine decrescentibus landemque setaceis, conceptaculis sessilibus sparsis solitariis. In Oceano (Crouan), mari Mediterraneo (Chauvin), Adriatico; Rubro ex Ag.— Fucus purpureus Turn. t. 224. Bertol. opusc. 1. IL, fig. 7. Rytiphlæa tinctoria Ag. sp« 2, p.52. Giun. 1. 32, fig. 52.—Aquam dulcem in quä deponitur, colore vio- laceo-purpureo tingit (v. v.).

4. BR. cristata, purpureo-nigrescens, membranacea plana transversim striata plu- ries pinnatifida , segmentis setaceis distichis simplicibus aut subramosis utrinque te- nuissime pectinatis.— In Oceano ad littora Bayonæ et Armoraciæ, Hispaniæ, et Hi- berniæ ex Ag. Fucus cristatus Turn. t. 23, fig. h. Sphærococcus cristatus Ag. syst. Grev. crypt. 11. t. 85. Plocamium cristatum Lamour. Dub. Bot. Gall. II, p. 949. Rytiphlæa complanata Ag. sp. IL, p. 54 (v.s. sine conc.)

5. R. pinastroïdes (Ag. syst. 200) nigrescens, cartilaginea rigida crassa ramosis- sima, ramis apice involutis ramulis subsimplicibus densissimis subulatis sparsis, summis secundis, conceplaculis. lanceolatis sphæricisque. In mari Atlaniico et Mediterraneo, Australi ex Ag.— Dub. Bot. Gall. II, p.964 ; Mém. Cér. t. 1, fig. B. (v. v.) -

6.R, subfusca (Ag. syst. 199) fusco-nigrescens cartilaginea rigida filiformis ramo- sissima, ramis alernis erecto-patentibus apice subulatis, ramulis setaceis subulalis

TOM, VI, 1% PARTIE. 2

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tion, et je ne m'étendrais pas de nouveau sur ce sujet, si je n'avais quelques nouvelles observations à présenter sur la fructification de ces plantes, et à ajouter un caractère très- tranché et très-précis à ceux que j'ai déja indiqués (Bot. Gall. IE, p. 965, et Mém. Cér. 14). La fructification se pré- sente, comme on le sait déja, sous deux formes différentes (t. I, fig. 1 et2). Mais ce qui distingue ce genre de tous les autres, c’est que les gongyles des conceptacles, soit qu’on les trouve, ce quiest très-rare, sous une forme carrée (Poly- siphonia urceolata, t. IE, fig. 1), ou, ce qui est ordinaire, sous l'apparence d’une petite massue allongée (P. byssoides, t. I, 6g. 3; P. Brodiæi, t.1, fig. 4; P. stricta, t. I, fig. 2), sortent par l’orifice du conceptacle, qui, à une certaine épo- que de la vie de la plante, devient béant, et revêt cette forme tronquée qu'on remarque dans toutes les espèces. Le concep- tacle est donc uniloculaire, et les gongyles sont attachés ou à la base ou aux côtés de l’enveloppe, qui est ordinairement formée d’un tissu réticulaire extrêmement serré et semi- transparent. Je présume que les gongyles, une fois sortis des conceptacles, se fixent par leur extrémité amincie, et se dé-

fasciculato-penicillatis, conceptaculis ovatis lateralibus subsessilibus. Ad rupesin Oceano, mari Belgico, sinu Codano, etc.— Dub. Bot. Gall. IL, p. 964, et Mém. Céram. t. I, 6g. F: a. (v. v.)

Quant au Rhodomela-lycopodioides Ag. sp. 1, p. 37, Fucus lycopodioïdes Turn. t. 12, Eng. Bot. t. 1163, il n'appartient point aux Articulées. Sa contexture intime, la disposition des conceptacles, son port et son aspect, me portent à le rapporter au genre Lomentaria Gaillon, de la tribu des Floridées, tout à côté du L. tenuis-

sima.

SUR LES CÉRAMIÉES. Il

veloppent par l'autre bout. Je recommande la vérification de cette observation aux botanistes qui habitent le bord de la mer.

M. Agardh fait suivre le genre Polysiphonia du Chætos- pora, borné à une seule espèce, le C. ighui, plante fort rare des côtes d'Angleterre, de Normandie et de Bretagne. Un échantillon très-complet de cette belle hydrophyte, que je dois à M. Chauvin de Caen, m'a permis de soumettre de nouveau à l'examen anatomique le tissu de cette Algue, qui n'appartient en aucune manière aux Articulées, et doit continuer, comme l'avait fort bien vu Lamouroux, à faire partie du genre Aypnæa, de la tribu des Floridées.

Le genre Champia semble bien, par sa contexture inté- rieure, telle qu’elle est décrite par Mertens et Roth (Catal. II, p. 318, t. 10), devoir se rapporter aux Articulées ; mais la fructification est si différente de celle des Céramiées, que jusqu’à ce qu’un échantillon complet m’ait permis de m'’as- surer de l’organisation réelle de cette plante, je crois devoir l'éloigner de la tribu qui nous occupe.

Le Dasya est un nouveau genre déja proposé d’une ma- nière très-incomplète par M. Agardh dans son Systema Alga- rum, p.211, et qui contient sept espèces, toutes originaires des mers d'Europe. Il a pour type une des plus belles Algues de l'Adriatique, reconnue à peu près en même temps par M. Mertens et par M. Agardh, comme devant former un genre nouveau. Elle a pour caractères distinctifs des filamens du plus beau pourpre à articles multiples dans les tiges et les rameaux principaux, simples dans les ramifications supé- rieures, qui sont très-dichotomes et disposées en touffes ex-

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trêmement serrées, sorte de pinceaux d’une élégance remar- quable. La fructification est de deux espèces : l’une sous forme de conceptacles visibles à l'œil nu, longuement pédi- cellés, se prolongeant en une sorte de bec, et renfermant une masse de gongyles claviformes aitachés au fond de cette es- pèce de capsule par de longs appendices pellucides; l'autre sous forme de granules globuleux disposés en une série va- gue, dans des réceptacles allongés, lancéolés, entremélés aux rameaux (tab. Il, fig. 3). Cette plante, présentant des différences très-marquées, soit dans le port et la végétation, soit dans les organes de la reproduction , mérite donc, con- formément à la règle que j’ai cherché à établir (Mém. Céram. p.7.), de constituer un genre distinct, intermédiaire. entre les Polysiphonia et les Ceramium, et j'appellerai, avec Agardh, l'espèce qui en est le type Dasya elegans. Dans les mêmes mers, particulièrement sur les côtes d'Istrie, se rencontrent deux autres plantes d'une couleur moins brillante que celle dont je viens de parler, mais pré- sentant absolument le même mode de végétation. L'une, le Dasya plana, espèce fort rare, que je dois à l’obligeance de M. Biasoletto de Trieste, n'a pas encore été trouvée en fructification dans l’Adriatique; mais son port est si carac- térisé, qu'on ne peut la séparer des deux autres (tab. IIT, fig. 3). Je ne doute pas qu'on ne doive rapporter à cette espèce le D. siëmpliciuscula Ag. (Ceramium ocellatum Grat.) , dont j'ai trouvé dans l'herbier de De Candolle un échantillon envoyé par Grateloup lui-même , et que je figure à la tab. IT, fig. 4. La fructification de l'échantillon que jai examiné est à peu près la même que la seconde fruc-

SUR LES CÉRAMIÉES, 13

tification du 22. elegans, sauf que les granules sont plus gros et plus anguleux. Du reste, les caractères tirés du port et des formes de la végétation sont absolument identiques avec ceux du D. plana, qui devra donc être indiqué comme se trouvant aussi dans la Méditerranée.

La troisième espèce (tab. IL, fig. 1 et 2), le Dasya spi- nella ( Ag. sp. 2, p. 117.) est encore, surtout dans l’état de fructification, plus brune que la précédente. Elle présente comme le D. elegans, des réceptacles ovales, acuminés, agré- gés entre les rameaux, contenant des globules sphériques, disposés en série multiple, et des conceptacles que Agardh décrit comme sessiles , en forme d'ampoule, et munis d’un bec. J'avoue que je n'ai jamais rencontré cette dernière forme de fructification, mais bien trois autres très-différentes et tout-à-fait insolites. Le premier de ces modes, que j'ai de fortes raisons de croire être celui que Agardh décrit sous le nom de capsules, et que je trouve sur un nombre consi- dérable d'échantillons, tant sur ceux recueillis par moi dans la baie de Pola que sur ceux que M. Biasoletto a rencontrés aux environs de Trieste, se présente en effet, quand on l’exa- mine à l'œil nu ou à une forte loupe, sous la forme d’un conceptacle, sessile à l'extrémité des petits rameaux (t.1E, fig. 5 a); mais si on le soumet au microscope, et qu’on par- vienne, ce qui n’est pas facile, à le disséquer, on verra (t. IL fig. 5 b), quil est composé d'un nombre infini de petites ramifications, partant d'un centre commun, serrées les unes contre les autres de manière à former une pelotte sphérique, au-delà de laquelle se prolongent les ramilles , qui sont immédiatement au-dessous de sa base, et qui ainsi

14 MÉMOIRE

l'entourent comme d’une sorte de houppe. Entre les petites ramifications qui sont transparentes, se nichent des gon- gyles fortement colorés, en forme de massue, rattachés au centre de la pelotte par des prolongemens filiformes ‘plus ou moins longs. Tout cet ensemble est disposé à peu près de même manière que les thèques entremélées aux para- physes dans les réceptacles de plusieurs Hypoxylées, avec cette différence, que dans notre plante il n’y a point d'en- veloppe extérieure; au moins n’ai-je jamais su la découvrir.

Le sécond mode de fructification, plus rare que le pre- mier, se présente (t. Il, fig. 4), sous la forme d'un nombre considérable de petites sphères, groupées à la base des dernières ramifications des rameaux. Chacune des petites sphères est formée par l’agglomération autour d'un centre commun , de petits corps alongés, coniques , très-étroits, dont la nature et la destination me sont absolument in- connues.

Enfin, en troisième lieu, des échantillons recueillis par M. Perreymond sur la côte de Fréjus, présentent des con- ceptacles hyalins, sphériques, solitaires ou réunis à la base des pinceaux supérieurs , assez gros, et contenant trois gon- gyles bien détachés les uns des autres, presque triquètres, à base arrondie (tab. II, fig. 2). Il est à remarquer que les échantillons sur lesquels se trouve ce mode de fructification, sont plus petits que les autres (1).

(1) Je profiterai de cette occasion pour relever une erreur dans laquelle je suis tombé à la/pâge 969 du vol. IT du Botanicon Gallicum , où} soustlémom de Cera-

SUR LES CÉRAMIÉES. 15

A ces trois espèces de Dasya, qui se distinguent encore à l'état frais par un -toucher gélatineux et un peu gluant, M. Agardh ajoute d'autres espèces, dont la première est le Ceramium coccineum de M. De Candolle, Conferva cocci- nea des anciens älgologues. Cette espèce s'éloigne des deux autres, d’abord parce qu'elle est cartilagineuse, ensuite parce qu’elle a un port roide et ferme, parce que ses rami- fications supérieures ne sont point disposées en pinceaux, mais en faisceaux multifides. La fructification se présente sous deux formes, la première sous celle de stichidies ou sorte de receptacles lancéolés, formés par l'extrémité renflée des rameaux, et qui contiennent des globules ronds, for- tement colorés, disposés en série à trois ou quatre par an- neaux (t. II, fig. 5) ; la seconde, quiest singulièrement rare, car j'aien vain examiné, sans la trouver, de nombreux échan- tillons, est dépeinte par Dillwyn, t. 36, et décrite par Agardh sous forme de conceptacles en cône ovale à la base, conte- nant des gongyles claviformes. Si, en effet, cette description

mium Boucheri (et non Boucheti, comme on l’a imprimé à tort), j'ai décrit des échantillons méditerranéens du Dasya spinella. Je ne possédais pas alors le vrai Gaillona Boucheri de M. Bonnemaison, que j'ai reçu depuis de M. Crouan, pharma- cien à Rouen, et zélé algologue, qui l’a recueilli dans la rade de Brest. La phrase du Botanicon doit donc être effacée et remplacée par la suivante :

Ceramium Boucheri, roseum, siccum roseo-viridescens, dense cespitosum intertex- tum flaccidum diffusum tenue ramosissimum, filamentis cartilagineis ramis alternis ramosis a basi dichotomo-divaricatis, ramulis attenuatis acutis, arliculis ramorum striatis diametro 6*—8° longioribus , ramulorum diaphanis diametro 2°—3° ve lon- gioribus.— Ad rupes marinas Armoraciæ prope Brest (cl. Crouan).—Gaïllona Bou- cheri Bonnem..ess. bydr.ex Crouan (v.s, sine concept.).

16 MÉMOIRE

est exacte, le Ceramium coccineum ayant les articles des rameaux multiples, et ceux des ramifications simples, devra, malgré les différences que j'ai signalées, rester dans le genre Dasya.

Je n'en dirai pas autant des. deux espêces suivantes, le Dasya arbuscula et le D. spongiosa, que leur port et sur- tout leur fructification , composée de conceptacles globu- leux axillaires, maintient entièrement dans les Ceramium. Les gongyles, loin d'être claviformes, attachés au fond du réceptacle, sont solitaires dans le conceptacle, ou divisés en trois ou quatre parties comme dans les Ceramium.

Le genre qui suit dans le Species de M. Agardh est le Thorea, créé par M. Bory , dans le tome 12 des annales du Muséum, et que j'ai rapporté ( Bot. Gall. IE, p. 977) à la tribu des Confervées , dont il a tous les caractères, et entre autres celui de ne point présenter de fructification exté- rieure. M. Agardh suppose que cette fructification existe quoiqu’elle ne soit pas connue, et, se fondant soit sur la différence de coloration (les Thoréa deviennent violets par la dessication), soit sur la nature des filamens primaires qui ne sont pas articulés, mais continus, rapporte ce genre aux Céramiées. Cependant quant au premier caractère, il se re- trouve dans le Conferva ferruginea Roth., dans le C. erice- torum Roth, etc.; quant au second, s’il devait éloigner le Thorea des Confervées, ce ne serait sûrement pas pour le faire placer dans les Céramiées. Enfin si on suppose que la fructification est extérieure, ce n’est pas une raison pour croire qu'elle est analogue à celle des genres de cette tribu, surtout si comme je le soupconne, elle est composée de

SUR LES CÉRAMIÉES. 17

petits corps en forme de poire, agrégés au nombre; de deux ou trois à la base des cils qui couvrent toute la tige, laquelle serait formée par les prolongemens jusqu'au centre des cils et des corpuscules pyriformes. Dans cette hypo- thèse, le Thorea appartiendrait aux Chætophoroïdées et non aux Céramiées.

Je ne connais le nouveau genre Wrangelia de M. Agardh que par ses descriptions. Il semble offrir des caractères très- tranchés, et devra par conséquent être conservé comme distinct. Voici comment il se définit : Filamens roses ou li- vides, comprimés, solides, formés dans leur partie infé- rieure de cellules très-irrégulières, articulés dans leur partie supérieure, de telle façon que les articulations ne sont pas formées par des cloisons, mais par un amas de cellules. Ces filamens donnent naissance à chaque articulation à des rameaux presque verticillés ou distiches, dichotomes, trans- parens, articulés. Les conceptacles très-nombreux sont por- tés par ces petits rameaux, et contiennent dans une enve- loppe transparente trois ou quatre gongyles réunis d'abord en une seule masse. Les deux espèces de ce genre, toutes deux extrêmement rares, se trouvent l’une dans l’Adria- tique près Trieste, et dans la Méditerranée près Cette; l'autre sur les côtes de Nice.

Enfin, le reste des Céramiées, celles qui composent le genre Ceramium tel que je Vai circonscrit, Bot. Gall. If, p. 966, et Mém. Cér. p. 15, sont réparties par M. Agardh en trois genres différens: le Grifithsia qui a pour carac- tère des filimens articulés à articles simples; une fructifi-

cation de deux espèces, savoir, des conceptacles membra- TOM. VI, 1 PARTIE. 3

18 MÉMOIRE

neux, celluleux, renfermant dans chaque cellule un seul gongyle, et des réceptacles gélatineux, contenant des gon- gyles d’une autre espèce, et entourés d'un involucre de fibres articulées. A ce genre M. Agardh rapporte les plantes que je figure ici tab. 1V, fig. 1, 2 et 3; tab. V, fig. 2 et 4.

Le Ceramium dont les filamens sont articulés, à arti- culations obscures renflées, à fructification double, savoir, sous forme de conceptacles globuleux, sessiles, souvent in- volucrés, dont l'enveloppe est membraneuse , et qui con- tiennent des gongyles nombreux et anguleux, et sous forme de globules nichés dans les articulations ( voyez tab. III, fig. 6,aetb),.

Le Callithamnion. Filamens articulés, à articulations pellucides ; fructification ne se présentant que sous une seule forme, savoir, sous celle de conceptacles hyalins, renfermant non des gongyles séparés, mais une masse compacte, qui se divise en trois parties. Voyez les Cera- mium représentés à la table IV, fig. 4; tab. V, fig. 5 et 6; tab. V, fig. 3 et 7.

Tous ces caractères semblent spécieux au premier coup d'œil, mais quand on vient à les examiner en détail, on trouve qu'ils sont incomplets et insuffisans. Si nous prenons d'abord le genre Griffithsia, nous verrons, que le carac- tère de port se retrouve dans les deux autres genres; que la fructification , au lieu de se présenter sous deux formes, se présente sous cinq formes différentes : dans le Cera- mium corallinum (Griffithsia corallina Ag.), tab. IV, fig. 3, on trouve autour des articulations inférieures des rameaux,

SUR LES CÉRAMIÉES. 19

un anneau de conceptacles hyalins, plus, ow moins pédi- cellés, contenant un gongyle fortement coloré, anneau qui est entouré d’une sorte de collerette d'appendices transpa- rens; dans le Ceramium setaceum (Griflithsia Ag.), tab. IV, fig. 1, les ramifications supérieures émettent de petits rameaux, terminés par un faisceau de ramilles sim- ples, fort courtes, disposées en involucre fermé par le haut comme celui de certaines Ombellifères avant leur com- plet développement, et chargées dans leur côté intérieur de petits conceptacles hyalins, contenant une masse colorée qui se divise bientôt en trois ou quatre gongyles; dans le Ceramium barbatum (Griffithsia Ag.) , car la plante que je figure à la fig. 2 de la tab. IV, ressemble complètement à la table 1814 de l’'English Botany, sauf que dans ouvrage anglais la fructification est absolument la même que celle du Ceramium setaceum, t. 1V, fig. 1 ; dans le C. barbatum, dis-je, il part des articulations supérieures, des cils assez longs, qui, à la moitié de leur longueur portent des concep- tacles de la même nature que ceux de l'espèce précédente ; et on trouve sur les ramilles du Ceramium casuarinæ DC. (Griffithsia Ag.), tantôt (tab. V, fig. 2) des concep- tacles ovales quelquefois un peu acuminés, qui contiennent une masse colorée d'abord unique, puis se divisant en 2,3, 4 gongyles très-distincts, tantôt (tab. V, fig. 4) d’autres con- ceptacles parfaitement sphériques qui renferment une masse compacte, aussi sphérique, beaucoup plus grosse, et ne se divisant point.

Le genre Ceramium borné aux espèces que j'ai figurées an numéro 6 de la table II , semblerait d'abord assez tran-

2b MÉMOIRE

ché. En effet, la nature même de la fronde est assez diffé- rente de celle des autres Céramiées ; les articulations y sont formées non par une cloison, mais par une agglomération de petites cellules, d'où il résulte que l'articulation est plus obscure que l’article, tandis que dans les autres Céramiées c’est tout le contraire. La fructification que je n'ai vue que sous une seule forme, car je n'ai jamais aperçu ces globules nichés dans les articulations dont parle M. Agardh, est for- mée par un gros conceptacle hyalin, tantôt nu, tantôt in- volucré (t. IV, fig. 6), qui contient un nombre considérable de loges très-rapprochées les unes des autres, et dans les- quelles sont placés des gongyles sphériques ou ovales alon- gés (t. LIT, fig. 6, b). Cette réunion de caractères tirés de la nature du tissu et de celle de la fructification , m'aurait en- gagé à adopter l'opinion de M. Agardh, si l'habile algologue de Caen, M. Chauvin, n'avait découvert sur les côtes du Calvados, une plante qu'il a publiée au 85 de sa col- lection desséchée des Algues normandes, et que j'ai figurée à la tab. LEE, fig. 7 de ce Mém., plante qui à une organisation tout-à-fait identique à celle des Ceramium rubrum, dia- phanum et espèces voisines, joint une fructification tout-à- fait semblable à celle de plusieurs autres espèces , et entre autres de tous les Callithamnion d'Agardh; si d’un autre côté la fructification de ces Ceramium ne se retrouvait dans des espèces qui ont un tout autre tissu, comme par exemple dans le Ceramium fruticulosum.

Reste enfin le genre Callithamnion. Et d’abord le carac- tère donné par M. Agardh n’est pas exact; car sans parler de son Callithamnion pedicellatum (Ceramium pedicel-

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latum Dub. non DC. tab. IV, fig. 4) qu'il y a évidemment rapporté par quelque erreur, j'ai rencontré dans les autres espèces de ce genre trois fructifications différentes : celle qu'il décrit, savoir, t. V, fig. 6 et 7, des conceptacles hya- lins, sphériques ou elliptiques, contenant une masse pour- pre d'abord compacte, puis marquée de trois rayons, ra- rement quatre, plus foncés partant du centre, puis enfin se divisant en trois ou quatre gongyles triquètres à base arrondie : dans le Ceramium tetragonum (Callitham- nion Ag.) t. V, fig. 5, de longs réceptacles courtement pé- dicellés, placés à la base des dernières ramifications, en forme de massue très-alongée, et contenant un nombre considérable de grains serrés en une masse presque homo- gène; dans plusieurs espèces, notamment dans les Cera- mium corymbosum et fruticulosum, t. V, fig. 3, de gros conceptacles parfaitement transparens, sphériques ou ellip- tiques, d'un diamètre triple ou quadruple des premiers dont j'ai parlé, renfermant une agglomération de gongyles d'un pourpre foncé. Or aucune de ces différentes espèces de fructification n'étant spéciale aux Callithamnion ; les deux dernières n'étant point communes à tout le genre, et n'étant point fortifiées par un port ou une organisation particulière, il me paraît évident que, dans l’état actuel de la science, on ne peut admettre les trois genres proposés par M. Agardh-

On pourra peut-être demander sil n’y aurait pas tel rap- prochement d’espèces qui pourrait conduire à établir des coupes plus nettement tranchées. Il est certain que si on ne sattachait qu'au port, on peut distinguer trois princi- pales formes dans toutes ces plantes. La première, celle des

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Ceramium, à peu près définie comme l'a fait M. Agardh; la seconde, celle des espèces à diamètre beaucoup plus large et à articles très-alongés, savoir, Ceramium corallinum, t. IV, fig. 3; C. Perreymondi, nouvelle espèce trouvée par M. Perreymond sur les côtes de Provence, près Fréjus (t. IV, fig. 5 [1]); C. pedicellatum Dub. non DC.t. IV, fig. 4 (2); C setaceum, t. IV, fig. 1; C. barbatum, t. IV, fig. 2; C. cla- vægerum Bonnem. t. V, fig. 1 (3), et autres ; et enfin la troi- sième, celle des espèces très-déliées à diamètre très-étroit, à articles beaucoup plus courts, telles que le C. casuarinæ , t. V, fig. 2 et 4; C. letragonum, t. V, fig. 5 et 6; C. corym- bosum , t. V, fig. 3et 7, etc.

[1]C. Perreymondi, roseo-fuscescens viridescensve cespitosum subdiffusum flacci- dum ramosissimum, filamentis dichotomis membranaceis, ramulis fasciculato-fasti- giatis brevibus apicè obtusissimis subelavulatis, articulis diametro 3°—6°-ve lon- gioribus , conceptaculis pyriformibus subsessilibus congestis secus articulos superio- res dispositis multis obscurioribus, massam sporaceam compactau foventibus. Ad oras maris Mediterranei prope Frejus detexit cl. Perreymond (v.s.).

(2) C. pedicellatum (non DC. nec fl. dan.) amænissime roseum cespitosum sub- diffusum flaccidum ramosum , filamentis dichotomis setaceis , ramulis terminalibus abbreviatis furcalis acutis sensim attenuatis, articulis ad genicula inflatis latis dia- metro 4°—6°-ve longioribus, conceptaculis grossis axillaribus breviter pedicellatis pyriformibus massam atropurpuream sporaceam compactam foventibus. Rarissi- mam speciem ad littora Oceani prope Brest detexit cl. Crouan, ad oras Angliæ in- dicant cl. Dillw. et Smith. Conferva pedicellata Dillw. t. 108. Eng. Bot: t. 1816. Callithamnion pedicellatum Ag. sp. IL, p.74 (v.s.).

(3) Le C. Clavægerum Bonnem. est une espèce tout-à-fait diMérente du C. clavula- tum Agardh. Ce dernier est de la section des C. diaphanum , rubrum , etc. Quoique le C. clavægerum et le C. pedicellatum soïent très-voisins l’un de l’autre, je ne crois pas qu’on puisse, ainsi que l’a fait M. Bonnemaison, les réunir. Les figures de la t IV, fig. 4, et t. V, Gg. 1, dessinées sous le même grossissement du microscope,

font ressortir les principales différences.

SUR LES CÉRAMIÉES. 23

Mais d’abord, même en ne s'occupant que du port et de l'organisation générale, on ne peut ici fixer de limite; le C. Deslonchampii sert de passage entre la première et la

- troisième de ces formes; le C. clavigerum et le C. casuarinæ entre la seconde et la troisième, et en second lieu les fructi- fications si diverses, et qui se retrouvent dans chacune de ces trois sections, empêchent d'établir des caractères qui appuient ceux qu’on pourrait tirer de ce premier ordre de considérations. D'où je conclus que le genre Ceramium doit, pour le moment, rester dans les mêmes limites dans les- quelles je l'ai circonscrit à la page 15 de mon premier Mé- moire, et au t. Il de mon Botanicon, p. 966.

Avant de terminer, je dois signaler encore une forme de fructification que je nai pas, jusqu'ici, eu occasion de dé- crire; c’est celle que j'ai observée après Dillwyn, t. 108, dans le C. pedicellatum (t. IV, f. 4), dans mon C. Perreymondi, t. IV, fig. 5, et dans le C. clavægerum, t. V, f. 1. Il se déve- loppe aux articulations des ramifications supérieures , quel- quefois sur toute l'étendue de l’article , des espèces de petits corps qui s’alongent et forment des conceptacles hyalins pyriformes, très-gros relativement à la grandeur de la plante, et qui contiennent une masse compacte fortement colorée, de la même forn’- jue le conceptacle , et que je n’ai jamais vue se diviser.

M. Agardh ne mentionne aucunement les autres genres que j'ai cru devoir rapporter à la famille des Céramiées , et rien, dans la partie de son ouvrage qui est publiée, n’indi- que les motifs qu'il a eus pour les en éloigner. Il dit seule- ment en parlant de la Conferva scutulata de l'English Bo-

24 MÉMOIRE

tany, quiest devenue le typede mon genre Elachistea, qu'on ne doit point, comme il l'avait fait dans son Systèma, la rap- porter aux Sphacelaria avec lesquels elle n’a aucun rapport.

En résumé,

Les Céramiées présentent, dans les organes de la propagation, un nombre considérable de formes diverses;

Les mêmes espèces se présentent souvent avec deux et quelquefois trois formes très-diverses de conceptacles, et par conséquent il faut bien s'assurer , avant de créer une es- pèce, qu’on ne regarde pas comme essentiellement différent, ce qui n'est qu’un autre état de la même plante.

La liste des genres qui composent cette tribu, doit, dans l'état actuel de la science, s'arrêter comme suit : Cladostephus, Sphacelaria, Rhodomela, Polysiphonia, Dasya, Wrangelia, Ceramium, Arthrocladia, Ecto- carpus, Elachistea, Auduinella, Bulbochæte, Desma- retella ? en tout treize genres.

Maintenant il faudrait pouvoir dire quel est le but, l'usage de ces organes de propagation, si variés et si divers, dans des espèces si voisines de port , d'aspect et d'organisation gé- nérale; mais ce ne sera, je le répète, que par des observa- tions réitérées faites sur les espèces vivantes et étudiées dans leur élément, qu'on pourra parvenir à jeter quelque jour sur cette partie si neuve et si piquante de la Botanique. Je me suis contenté de décrire les organes; heureux si mon travail peut encourager quelque habile observateur à entreprendre des recherches qui auront une grande influence sur les progrès de l’Algologie.

SUR LES CÉRAMIÉES. 25

EXPLICATION DES PLANCHES.

TABLE I. Fig. ret2. Polysiphonia fucoides. 3. P. byssoides. 4. P. Brodiæi. TABLE II. Fig. 1. Polysiphonia urceolata. 2. P. stricta. 3,4 et 5. Dasya spinella. TABLE III.

Fig.1et2. Dasya spinella. 3. D. plana. 4. D. plana (Ceramium oceliatum Gratel.) 5. D. coccinea, 6. Ceramium diaphanum.— a extrémité d'un rameau avec conceptacle, & fragment de conceptacle à un grossissement plus considérable, c gongyles. 7. C. Deslonchampü.

TABLE IV. Fig. 1. Ceramium setaceum. 2. C. barbatum. 3. C. corallinum. 4. C. pedicellatum. 5. C. Perreymondi, TABLE V.

Fig. 1. Ceramium clavigerum. 2 et 4. C. casuarinæ. 5 et 6. C. tetragonum. 3 et 7. C. corymbosum.

TOM. VI, PARTIE, %

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MÉMOIRE SUR LA VISCINE. 27

MÉMOIRE

SUR LA VISCINE,

PRINCIPE IMMÉDIAT DES VÉGÉTAUX, QUI SE RETROUVE DANS LA GLU ET LA MATIÈRE EXUDÉE PAR L'ATRACTYLIS GUMMIFERA,

Par M. MACAIRE.